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Traducteurs-interprètes en Irak : des civils au front

17 déc. 2009 Mis en ligne par Julien
Cet article fait suite à l'invitation de Francine (interprète et membre fondatrice de Cum Verbis), par la Fédération Internationale des Journalistes, à se rendre en Irak - en juin 2009 - pour prendre la mesure des difficultés et périls auxquels doivent faire face les traducteurs, interprètes et journalistes.
Les informations recueillies l'ont été par le biais d'ouvrages et d'articles traitant de ce thème encore trop méconnu du public et de la communauté internationale, ainsi que de témoignages recueillis au cours du voyage et des rencontres opérées sur place.

 

Traducteurs-interprètes en Irak : des civils au front

 

INTRODUCTION

 

Après dix années d’embargo, dans le livre Irak de Jacques Ferrandez et Alain Dugrand, publié en 2001[1], ceux-ci écrivent :

« A Nemrod (au Sud de Mossoul), notre guide connaît son affaire. Il nous conduit dans les dédales du palais d’Assournasirpal II.

Le tombeau d’une reine y a été découvert voici quelques années…

Il y avait vingt-cinq kilos d’or dans le sarcophage. Diadèmes, colliers, bracelets et joyaux sont exposés au musée de Bagdad. (Le sont-ils encore ?)

De misérables auvents de tôles ondulées « protègent » ces merveilles décrites dans l’Ancien Testament. Erosion, séismes, pillages. L’ensemble est très abîmé. Un malheur.

Nous apprendrons plus tard que le guide de Nemrod, sommité de l’archéologie irakienne, était, hier, le responsable des fouilles. C’est lui qui découvrit le tombeau de la reine. Aujourd’hui, on lui glisse la pièce en fin de visite… »

 

QUELQUES DEGATS

« Le chômage touche en 2006 officiellement de 13,4 à 18% de la population, et le sous-emploi en touche 30 autres % ; cela pousserait un nombre non négligeable d’Irakiens à « travailler » plus ou moins régulièrement pour différents groupes armés, indépendamment de leurs propres convictions politiques… »[2]

Plus de 2 millions d’Irakiens ont quitté le pays (3 millions selon le Tribunal Russell et 2 millions ont été déplacés à l’intérieur du pays). 1,3 million d’Irakiens sont morts depuis 2003. 338 journalistes sont morts.[3]

Ces chiffres sont confirmés par Joseph E. Stiglitz : « En septembre 2007, un nombre ahurissant d’habitants avaient dû quitter leur foyer : 4,6 millions de personnes, un Irakien sur sept. C’est le plus grand déplacement de population au Moyen-Orient depuis la création d’Israël en 1948. …Les Irakiens sont aussi la nationalité la plus représentée parmi les demandeurs d’asile en Europe. Selon le haut-commissaire aux réfugiés des Nations unies, ces milliers d’Irakiens sont des victimes de la torture, de sévices sexuels et de violences faites aux femmes… »[4]

 

Le recours à la prostitution

« Pour survivre, certaines familles irakiennes prostituent leurs filles. Fatima est arrivée en Syrie à la demande de sa tante déjà sur place et sur les vives recommandations de ses frères. Il y a quelques semaines, elle s'est confiée à un journaliste de FRANCE 24 : "J’ai été surprise de découvrir que ma tante m’avait menti sur son travail. J’ai essayé de repartir et de trouver un autre emploi mais je n’ai même pas trouvé un travail de femme de ménage. Alors, j’ai dû revenir vers elle."

Fuyant les violences et les viols en Irak, souvent kidnappées ou vendues à des réseaux, de nombreuses Irakiennes, comme Fatima, sombrent dans la prostitution. Elles sont "plus de 50 000 jeunes femmes" à vivre ainsi en Syrie, selon Haria Ibrahil, activiste irakienne pour les droits de la femme au sein de l’ONG Women’s Will, dont la plupart ont moins de 16 ans.

Cette économie parallèle n’améliore en rien la situation du pays. Alarmées par ce trafic croissant, les autorités interdisent maintenant aux femmes de moins de 35 ans d’entrer en Syrie sans être accompagnées d’un homme de leur famille. Une mesure guère satisfaisante, encore une fois. »[5]

Joseph E. Stiglitz (Prix Nobel d’économie) et Linda J. Bilmes, dans leur livre Une guerre à 3000 milliards de dollars, dresse un premier bilan de la guerre contre l’Irak :

  • 4000 soldats américains tués ;
  • 58000 soldats américains blessés, traumatisés ou gravement malades ;

« Si détestable qu’ait été le régime de Saddam Hussein, la vie actuelle du peuple irakien est bien pire. Les routes, les écoles, les hôpitaux, les centres sociaux, les musées ont été détruits. Il y a moins d’électricité et d’eau potable qu’avant la guerre. Les violences religieuses sont constantes... »[6]

Le choléra, qui était extrêmement rare en Irak, est devenu un sérieux problème de santé publique.

« …cinq ans après l’invasion, malgré les centaines de milliards dépensés et les milliers de morts et de blessés, la situation n’est pas bien meilleure. En 2007, l’Irak a été classé 178ème sur 180 pays du monde pour la corruption, seuls la Somalie et le Myanmar ont fait pis… »[7]

« Sur le front politique, l’Irak a aujourd’hui un gouvernement religieux alors qu’il a eu des gouvernements laïcs pendant quatre-vingt ans avant l’invasion américaine…

Le pays se diviserait en trois : la plus grande des trois zones, le Sud chiite, risque d’entrer dans la zone d’influence de l’Iran. L’Arabie saoudite et les autres régimes sunnites pourraient alors aider le Centre sunnite en lui donnant les moyens nécessaires à la poursuite du conflit. Le Nord, contrôlé par les Kurdes, risque de faire sécession, et la Turquie, qui refuse avec acharnement depuis longtemps la formation d’un Etat kurde séparé, pourrait intervenir pour l’empêcher. »[8] La carte des ressources infrastructures pétrolières révèle que tant le Kurdistan irakien, avec Kirkuk pour capitale, qu’un « Chiistan », avec Bassorah pour capitale, accumulent les richesses pétrolières. Entre les deux, resterait un triangle sunnite pauvre, dépourvu de telles richesses.

Pendant que le débat politique fait rage sur le moment et la façon pour les Américains de s’en aller, … les centaines de bases militaires construites en Irak par les Américains sont conçues pour une occupation durable. : Al-Assad et Al-Talil (50 km², 17000 soldats et contractants dans la première) ; Al-Balad/Anaconda (7 km/5 km)… + des aéroports militaires pouvant recevoir des chasseurs, des drones, de hélicoptères et de gros avions de transport. »[9]

« On a, à ce jour, énormément écrit sur les origines de l’échec américain, issu des désastreux effets de quelques décisions cruciales. La dissolution de l’armée irakienne par Paul Bremer, la non-sécurisation des stocks de munitions et l’incapacité à relancer l’économie ont créé des gros effectifs de soldats irakiens armés, chômeurs et mécontents – recette explosive pour lancer une insurrection. La débaassisation – le renvoi des membres du parti de Saddam Hussein même s’ils y avaient adhéré par simple nécessité – n’a pas seulement accru la rancœur mais aussi privé le pays de gens capables de gérer des composantes essentielles de l’économie…

Il est aujourd’hui unanimement admis que les actes des Etats-Unis ont accru l’ « offre » d’insurgés. Al-Qaïda… n’avait aucune présence significative en Irak… La présence des Etats-Unis en Irak est le carburant de l’insurrection… »[10]

… Les Etats-Unis détiennent 26.000 « insurgés » ou prétendus tels sous garde américaine et 37.000 autres sous garde irakienne. Mais la façon dont les Etats-Unis définissent les insurgés n’est pas claire. Beaucoup de ces détenus n’avaient peut-être aucune opinion sur les Etats-Unis avant leur arrestation ; la prison peut faire d’eux des insurgés actifs quand on les libérera. »[11]

 

LA PRIVATISATION DE L’ARMEE

Ou la montée des entreprises de sécurité privées…

Les contractants sont près de 190.000 en Irak contre 160.000 soldats de l’armée américaine, dix fois plus que pendant la guerre du Golfe et le ratio était de 5 militaires pour un contractant pendant la guerre du Vietnam.[12]

« La mort d’un civil étranger n’entre pas en ligne de compte dans le bilan des pertes, leur présence massive en Afghanistan et en Irak est indolore. Dans l’esprit de l’opinion publique comme dans celui des dirigeants qui la manipulent, la vie d’un pauvre hère du tiers-monde ne vaut rien en regard de celle d’un soldat américain…

(Car)… pour tirer les coûts vers le bas, les sociétés militaires privées occidentales recrutent dans le tiers-monde… ceux-là n’ont que le choix entre crever de faim chez eux ou courir le risque de sauter une mine en Afghanistan ou en Irak.

…Outre-atlantique, la logique capitaliste joue à plein… A Washington comme ailleurs, on a voulu engranger les « dividendes de la paix » donc réduire le nombre des gros bataillons. Alors qu’elle comptait 766.500 hommes et femmes en 1990 au sortir de la guerre froide, l’armée de terre américaine n’en compte plus que 486.000 en 2005. »[13]

 

DynCorp

Engagée dans la lutte contre la culture de coca en Amérique latine. Elle assure la pulvérisation des champs de coca.

Un employé y gagne de 75.000 à 90.000 dollars par an.

Elle est chargée d’une partie du service de protection du président afghan Hamid Karzaï en 2002, de la reconstruction des polices afghane et irakienne pour laquelle son chiffre d’affaires est de 1,6 milliard de dollars sur les années fiscales 2004, 2005 et 2006. En mars 2007, elle a 700 conseillers en Irak qui aident à entraîner 198.000 hommes.[14]

 

Aegis Defence Services

Créée en 2002 par Tim Spicer  qui, dans sa jeunesse, a milité contre la guerre au Vietnam.

Sa société emploie des réservistes, des soldats à mi-temps…

Il signe en 2004 un contrat avec le Pentagone d’une valeur de 293 millions de dollar pour coordonner en Irak les activités des sociétés militaires privées. Un contrat de 475 millions de dollars est décroché ensuite par la société pour « le recrutement d’analystes possédant des habilitations au niveau secret-défense ».[15]

 

Blackwater : un empire

Directeur exécutif : Erik Prince

« Le Département d’Etat reconnaît que sur les dix premiers mois de l’année 2007, les employés de la société ont été impliqués dans 56 incidents ayant occasionné l’utilisation d’armes à feu. Avec un ratio nettement plus élevé que les autres sociétés telles que DynCorp.

…le Département d’Etat ignore systématiquement les avertissements de leurs propres troupes. Sur le terrain, celles-ci sont quotidiennement confrontées à la brutalité des hommes de Blackwater et tentent de limiter les dégâts auprès d’une population irakienne excédée. »[16]

Greystone limited est sous-traitant de Blackwater. « …elle fait profil bas là où Blackwater ne peut plus se le permettre pour cause d’exposition médiatique excessive… »[17]

 

"Blackwater was founded in 1996 by conservative Christian multimillionaire and ex-Navy SEAL Erik Prince – the scion of a wealthy Michigan family whose generous political donations helped fuel the rise of the religious right and the Republican revolution of 1994...

While Blackwater won government contracts during the Clinton era, which was friendly to privatization, it was not until the “war on terror” that the company’s glory moment arrived.

...According to the latest government contract records, since June 2004 (the article is written in March 2007), Blackwater has been awarded 750 million $ in State Deparment contracts alone.

... Despite its cnetral role, Blackwater had largely operated in the shadows until March 31, 2004, when four of its private soldiers in Raq were ambushed and killed in Falluja. A mob then burned the bodies and dragged them through the strets... In many ways, it was the moment the Iraq War turned...

Private contractors like Blackwater work outside the scope of the military’s chain of command and can literally do whatever they please without any liability or accountability from the U.S. governement,” Katy Helvenston, whose son Scott was one the Blackwater contratos killed, told the committee.

...The increasing use of contractos, private forces or as some would say ‘mercernaries’ makes wars easier to begin and to fight – it just takes money and not the citizenry, says Michael Ratner, president of the Center for Constitutional Rights, which has sued contractors for alleged abuses in Iraq. “To the extent a population is called upon to go to war, there is resistance, a necessary resistance to prevent wars of self-aggrandizement, foolish wars and in the case of the United States, hegemonic imperialist wars. Private forces are almost a necessity for a United States bent on retaining its declining empire.

...Kucinich says the problems with contractors are not simply limited to oversight and transparency. ‘It is the privatization of war’. The Administration is linking private war contractors with warmaking...”[18]

 

Sont également privatisés l’apprentissage de tactiques de combat terrestre, l’apprentissage de l’interrogation des prisonniers… « En août 2006, trois sociétés se partagent un gâteau de 50 millions de dollars sur cinq ans. Coût annuel d’un instructeur extérieur : environ 100.000 dollars, soit au moins 20.000 dollars de plus qu’un instructeur « maison ». »[19]

Sociétés élues :

-          ISIS – Integrated Systems Improvement Services : Pat Gromek : responsable du développement des marchés a été officier de l’US army en tant que spécialiste du rensignement pendant 23 ans.

-          MTC Technologies : Kenneth Minihan est membre de son Conseil d’administration. Ancien lieutenant, il a été directeur de la Defense Intelligence Agency.

-          Oak Grove Technology : a aussi recruté un ancien lieutenant.

-          Anteon : cours d’entraînement jusqu’au contre-espionnage, l’interrogation, le renseignement électromagnétique, électronique, l’analyse des transmissions.

-          Etc.

 

« LES INTERPRETES, ESPIONS A L’INSU DE LEUR PLEIN GRE »

et une autre société militaire privée TITAN CORPORATION racheté par L-3 COMMUNICATIONS

Dans son livre Les chiens de guerre de l’Amérique, Jean-Jacques Cécile[20] écrit sur ces interprètes :

« En cette journée du 19 décembre 2005, Tunjay Celik erre sans but dans les rues de San Diego, aux Etats-Unis. Il y a quelques mois encore, il était chauffeur de taxi, mais cela n’a pas duré. Le moral est au plus bas : sa famille est à plusieurs milliers de kilomètres de là et il y a peu de chances qu’il puisse la revoir de sitôt. En février 2003, Celik travaille dans une chaîne de télévision turque. Un jour, il apprend que TITAN CORPORATION, une société américaine, recherche des interprètes pour accompagner les unités de l’Oncle Sam qui ne vont pas tarder à se ruer vers Bagdad. Celik fait acte de candidature et se retrouve bientôt sur une base aérienne américaine non loin de Kirkuk, au Kurdistan irakien, où il rejoint une quarantaine de traducteurs également recrutés par Titan Corporation. Là, il se lie d’amitié avec Savas Dalilic, lui aussi de nationalité turque ; les deux hommes sont intégrés à la 173ème Brigade aéroportée. Lorsqu’en juillet 2003, un détachement de l’unité part à l’assaut du bâtiment où se terrent les forces spéciales turques, les deux hommes se retrouvent plongés, malgré eux, dans une affaire qui les dépasse. »

Menottés, habillés d’une combinaison orange rendue célèbre par les prisonniers de Guantanamo, la tête revêtue d’une cagoule opaque, les commandos faits prisonniers sont rapidement acheminés vers Kirkurk. Là, c’est Celik qui sert de traducteur lors d’un face-à-face tendu entre un colonel américain et un « observateur » prestement délégué par Ankara. Savas Dalkilic est quant à lui réquisitionné par les agents de renseignement militaire de l’Oncle Sam chargés d’interroger les membres des forces spéciales. Très rapidement, le colonel commandant le détachement capturé identifie Savas comme étant un compatriote turc…

Les « observateurs » venus d’Ankara abordent tous les traducteurs de Titan Corporation impliqués dans l’incident et leur mettent le marché en main : soit ils fournissent des informations, soit ils seront considérés comme des traîtres en rentrant au pays…

Celik et Dalkilic refusent.

…Le 31 juillet, en bénéficiant d’on ne sait trop quelles complicités, ils embarquent à bord d’un appareil de l’armée de l’Air américaine à destination de la base aérienne de Dover, dans le Delaware. Là, ils brandissent leur carte d’identification d’interprète et réclament l’asile politique. Quatre mois plus tard, un juge fédéral reconnaît le bien-fondé de leur requête…

Celik et Dalkilic ne sont pas des cas isolés.

…Goran Habbeb est une recrue de Titan Corporation officiellement embauchée comme traducteur civil. Son travail l’oblige toutefois à être en première ligne avec les détachements de la 173ème Brigade… On a parfois recours à ses services pour faire un travail d’espion en lui demandant au besoin d’aller seul dans un village pour y chercher des indices attestant de la présence d’insurgés… un jour, des tueurs l’attendent. Il est touché de sept balles…

Selon des chiffres rendus publics par Titan Corporation elle-même, ils sont 250 à tomber sous les balles des insurgés entre mars 2003 et mars 2008. « Nous étions sur place pour le constater : ces interprètes irakiens étaient nos yeux et nos oreilles sur le champ de bataille » lance Paul Rieckhoff, ancien officier de la 3ème Division d’infanterie à Bagdad. … En mars 2008, son association (qu’il a créée à son retour) qui compte 85000 membres…lance le mot d’ordre : il faut contraindre les politiciens à prendre en compte le sort de ces auxiliaires bien mal récompensés.  Car même si le président Bush a signé en janvier 2008 un oukase autorisant l’immigration de 5000 d’entre eux, soit une multiplication par dix des quotas pour 2006 et 2007, mais les départements d’Etat et de la Sécurité intérieure se hâtent avec lenteur dès lors qu’il s’agit de publier les décrets d’application. »[21]

« Plusieurs années après les faits (prison d’Abu Ghraib), trois Irakiens ainsi qu’un Jordanien demandent réparation. Ils portent plainte contre CACI International et deux de ses employés, Timothy Dugan et Daniel Johnson. Sur le banc des accusés figure également L-3 Communications (un groupe industriel qui a racheté Titan Corporation, une société aussi mise en accusation dans le cadre du même scandale)… Les quatre plaignants prétendent avoir, lors des interrogations, été dénudés, battus et soumis à des tortures… un des rapports internes aux forces armées estime que, s’agissant seulement d’Abu Ghraib, « des interrogateurs et des interprètes sous contrat ont été impliqués dans 16 des 44 cas faisant état de mauvais traitements ».[22]

« Le voyage en enfer d’un ancien traducteur de l’armée américaine s’achève au Caire

En 27 ans, Eric n’a connu de la vie que violence, souffrances et larmes. Né à la veille de la guerre contre l’Iran, en 1979, il a payé un lourd tribut à tous les drames qui ont frappé les Irakiens ces dernières décennies… Né dans une famille sunnite relativement aisée de Bagdad… son père, responsable de l’approvisionnement au ministère de l’agriculture, refuse de fournir du matériel pour la ferme privée d’Oudaï, un des fils de Saddam Hussein… La punition est impitoyable : Saddam le fait pendre sous les yeux de son fils, Eric, qui a onze ans… A l’école de son quartier de Jamiah, il est le « fils du traître ». … A 19 ans, Eric part en Jordanie, puis en Syrie. Là, il est emprisonné et maltraité. « En Syrie, le parti Baas est partout… ». Relâche après de longs mois, il est reconduit en Irak, où une nouvelle cellule l’attend…  En juin 2003, il est engagé comme traducteur pour la police militaire américaine pour 350 dollars par mois… Il gagne la confiance des officiers américains et devient rapidement interprète pour les patrouilles des unités de combat… Le salaire suit les risques grimpant jusqu’à 1300 dollars. …Même s’il circule le visage dissimulé, Eric est reconnaissable. Bientôt, des lettres de menaces parviennent à sa famille… sa voiture est détruite dans un attentat. Des miliciens chiites abattent son beau-père, qui l’avait élevé, et son beau-frère qu’ils ont pris pour Eric… »[23]

 

Pour avoir accès à la liste des interprètes assassinés dans l’accompagnement de professionnels des médias, cf. www.brusselstribunal.org/JournalistKilled.htm.

« A examiner de près la composition des flottes d’aéronefs mises en œuvre par Blackwater, DynCorp et Ibis Air tout autant que leurs activités, on voit en filigrane se dessiner trois des quatre marchés qui intéressent les sociétés militaires privées : le combat, la surveillance aérienne et le transport du fret ainsi que des personnels, c’est-à-dire la logistique. »[24]

 

Annexe 1

Les réserves pétrolières

Hasta 1972, EE.UU. producía en su territorio el 70% de los hidrocarburos que consumía. En estos momentos, solamente produce el 46%... Irak tiene en su subsuelo la segunda reserva petrolífera más grande del mundo. …Estados Unidos se apoderaría de las principales reservas y rompería el control de la OPEP sobre la producción y los precios del petróleo que la sociedad norteamericana necesita para los próximos 50 años.

 

Annexe 2

Témoignages

« Es dificil para mi resumir mi historia en este mensaje , creo que mi amigo  Gervasio Sanchez publico bastantes articulos sobre mi sufrimiento , pero queria decirte que he pasado en las Carceles de Abu Greb en Bagdad y Buque en Basora un ano entero sin culpa y lo mas facil en Irak para las Fuerzas de Ocupacion es dejar a un traductor un ano en la detencion . Imagente estar en la carcel un ano entero sin culpa lejos de mi familia y de mis hijos . Lo peor en la vida echar a un inocente en la carcel un ano y no son carceles normales[25], sino carceles de toturas . Te lo juro que la carcel de Abu Greb no es adecuado incluso para animales… »

« J'espère que vous ne m'avez pas déjà oublié. Je suis l'interprète francophone de la conférence du syndicat des journalistes irakiens qui a eu lieu fin mai à Bagdad. Je vous écris pour vous dire que j'ai essayé de contacter le traducteur xxxx mais en vain. Il est introuvable à Bagdad. Peut-être est-il parti à l'étranger, je ne sais pas. Je vais essayer encore de le chercher et je vous tiendrai au courant. Par la même occasion, je voudrais vous prier de penser à moi si une opportunité de participation à une conférence dans notre région ou ailleurs se présente devant vous. Je serais très reconnaissant. »

 

Bruxelles, le 2 octobre 2009

 

Annexe 3 : Antécédents historiques

➢ Empire ottoman jusqu’à la Première Guerre mondiale

➢ Mandat britannique de 1920 à 1930

➢ Monarchie hachémite

  • début de l’économie pétrolière
  • émergence d’une classe moyenne (professeurs, médecins, professionnels…)
  • pauvreté extrême des masses rurales

1958 - Révolution – renversement de la monarchie

 

  • inspiré par la révolution des « Officiers libres » en Egypte en 1952, un coup d’Etat militaire renverse la monarchie en 1958
  • en 1963, le parti arabe socialiste Baath prend le pouvoir par un coup d’Etat
  • la Constitution prévoit que « l’Irak fait partie intégrante de la nation arabe » et que « le peuple est la source de tous pouvoirs »
  • libération des prisonniers politiques et les communistes sont associés au pouvoir
  • augmentation de la production pétrolière nationalisée
  • 26% des budgets en 1967 – 1968 sont consacrés à l’enseignement et 32% à la défense nationale.[26]
  • un pays d’artistes et de juristes se développe et la littérature étrangère dominante est la littérature française (Rousseau, Voltaire… le siècle des Lumières, mais aussi Sagan…)

 

1979 - Saddam Hussein prend le pouvoir

mais il est dans ses rouages depuis 1968

 

  • il rompt avec le parti communiste et purge le parti Baath
  • 1980 - 1988 : guerre Irak-Iran – L’Irak espère s’ouvrir un accès au golfe Persique ; la guerre prend fin 8 ans après avoir commencé sans que les frontières de l’Irak n’aient été modifiées
  • 1990 – 1991 : guerre du Golfe – Invasion du petit émirat du Koweït par Saddam Hussein pour s’approprier ses réserves pétrolières et s’ouvrir un accès au golfe Persique
  • Embargo de douze ans voté par l’ONU : 1,5 million d’enfants meurent de malnutrition et/ou sont atteints de malformations dues à l’utilisation d’armes à l’uranium appauvri
  • 1991 : résolution 687 du Conseil de sécurité de l’ONU exige l’élimination des armes de destruction massive
  • 1991 : résolution 688 condamne la répression des populations civiles, maintien de l’embargo
  • 1995 : résolution 986 « pétrole contre nourriture » : autorisation de ventes limitées de pétrole
  • 19 mars 2003 : début de la guerre contre l’Irak : l’Irak est placé sous régime d’occupation militaire le 1 mai 2003, que légitime la résolution 1483 du Conseil de sécurité de l’ONU le 22 mai 2003
  • 2005 : le peuple irakien vote et élit un président kurde, Jalal Talabani.
  • 2006 : Nouri al-Maliki succède à Ibrahim al-Jaafari à la charge premier ministre.

 

 


[1] Jacques Ferrandez et Alain Dugrand - Irak – dix ans d’embargo – publié par Casterman dans la collection Carnets d’Orient - 2001

[2] http://fr.wikipedia.org/wiki/Irak, p. 16, consulté le 5 avril 2009

[3] www.mondialisation.ca, consulté le 5 avril 2009

[4] Joseph E. Stiglitz, Prix Nobel d’économie, et Linda J. Bilmes – Une guerre à 3000 milliards de dollars – Traduction de Paul Chemla – Editions Fayard – 2008 – p. 168

[5] Marie-Sophie Joubert – France 24 – L’actualité internationale – le 19 mars 2008

[6] Ibid, p. 9

[7] Ibid, p. 201

[8] Ibid, p. 204-205

[9] Ibid, p. 204-205

[10] Ibid, p. 217

[11] Ibid, p. 221

[12] Jean-Jacques Cécile – Les chiens de guerre de l’Amérique – Enquête au coeur des sociétés militaires privées – Editions Nouveau monde – 2008 – p. 5

[13] Ibid, p. 8 et 10

[14] Ibid, p. 37

[15] Ibid, p. 66, 67, 68, 69

[16] Ibid, p. 82, 83

[17] Ibid, p. 105

[18] Jeremy Scahill, an award-winning investigative journalist and correspondent for the national radio and TV program Democracy Now ! in Blackwater Rising – 15 March 2007

[19] Ibid, p. 125

[20] Jean-Jacques Cécile est ancien membre d’une unité spéciale et des services de renseignement militaires. Il est spécialiste de l’espionnage.

[21] Jean-Jacques Cécile, op. cit. p. 162, 163

[22] Ibid, p. 226, 227

[23] Le Figaro, international – le 3 mars 2007

[24] Ibid, p. 272

[25] Testimonio de un intérprete que desea permanece anónimo

[26] Encyclopédie Universalis – édition de 1981 – volume 9 – p. 90